Se rendre au contenu

L'hortithérapie : quand le jardin devient un outil de soin

14 mai 2026 par
L'hortithérapie : quand le jardin devient un outil de soin
Wise Cluster SRL, Lorenzo del Marmol

L'hortithérapie : quand le jardin devient un outil de soin

En 1984, une étude publiée dans la revue Science a montré quelque chose de simple et de troublant : des patients qui se remettaient d'une opération guérissaient plus vite, et demandaient moins d'antidouleurs, quand la fenêtre de leur chambre donnait sur un jardin plutôt que sur un mur. Cette étude a fondé tout un champ. L'hortithérapie — soigner par le jardin — n'est pas un slogan de bien-être : c'est une pratique documentée, avec des résultats parfois saisissants. Voici ce que les études et le terrain montrent vraiment.

hortithérapie

Qu'est-ce que l'hortithérapie ?

L'hortithérapie consiste à utiliser le jardin, les plantes et le contact avec le vivant comme supports d'activités à visée thérapeutique — conduites par un professionnel formé, autour d'objectifs définis et évalués. Ce n'est donc pas « le jardinage qui fait du bien » au sens vague : c'est une discipline, reconnue dans de nombreux pays comme le Japon, les États-Unis ou le Canada, et pratiquée en milieu hospitalier, en maison de repos, en psychiatrie ou en accompagnement du handicap.

Un point doit être clair d'emblée : l'hortithérapie est un complément, pas un substitut. Elle s'intègre à une prise en charge, aux côtés des soins médicaux — elle ne les remplace pas.

L'étude fondatrice : Ulrich, 1984

Le chercheur Roger Ulrich est l'auteur de l'étude la plus citée du domaine : « View through a window may influence recovery from surgery », parue dans Science en 1984. En comparant des patients opérés selon la vue depuis leur chambre, il a constaté que ceux qui voyaient un jardin récupéraient plus vite, consommaient moins d'antalgiques et restaient moins longtemps hospitalisés que ceux qui faisaient face à un mur.

L'importance de cette étude n'est pas seulement dans son résultat : c'est qu'elle a donné au domaine une base mesurable. Depuis, la recherche n'a cessé de s'étoffer — et Roger Ulrich lui-même poursuit ses travaux sur les jardins de soins.

Des cas qui frappent : vétérans et prisons

C'est là que l'hortithérapie cesse d'être abstraite.

Les vétérans. Un corpus croissant de recherches s'est intéressé aux militaires souffrant de syndrome de stress post-traumatique. Les vétérans engagés dans des programmes de thérapie par la nature ou par le jardin y voient leurs symptômes de stress post-traumatique et de dépression diminuer, et leur sentiment d'espoir et de capacité à agir augmenter. Une méta-analyse de 2017 a confirmé, plus largement, que le jardinage améliore la dépression et réduit l'anxiété dans des populations variées.

Les prisons. Ce sont peut-être les chiffres les plus spectaculaires. Aux États-Unis, l'Insight Garden Program (aujourd'hui « Land Together ») intervient dans des prisons californiennes : le programme rapporte un taux de récidive inférieur à 10 % parmi ses participants, contre une moyenne de l'ordre de 64 % dans l'État sur la même période. À New York, le programme « GreenHouse » de l'île de Rikers affiche, lui aussi, un taux de récidive de 5 à 10 % pour les détenus qui en sortent diplômés, là où la moyenne avoisine 65 % — et certains trouvent ensuite un emploi durable dans le secteur du paysage.

Ces cas, si différents soient-ils, racontent la même chose : prendre soin d'un être vivant, voir le résultat d'une patience, retrouver une responsabilité et une utilité — cela agit là où le seul traitement médical atteint ses limites.

À l'hôpital, aujourd'hui

L'hortithérapie et les « jardins de soins » se développent dans les établissements de santé — hôpitaux, maisons de repos, services psychiatriques, y compris en oncologie. Les bénéfices documentés sont convergents : baisse du stress et de l'anxiété, diminution de la douleur ressentie, récupération des capacités d'attention et de concentration, meilleur rétablissement.

L'idée n'est pas neuve — c'est ce qu'Ulrich pressentait dès 1984 — mais elle s'installe enfin dans la conception même des lieux de soin : un environnement vert et apaisant n'est pas un décor, c'est un facteur de guérison.

Et en Belgique ?

L'hortithérapie n'est pas qu'une affaire américaine ou japonaise — elle arrive chez nous. En février 2025, la RTBF consacrait un reportage à un projet de soin de patients psychiatriques par la culture de plantes potagères et ornementales.

Deux associations, en particulier, font avancer le sujet. L'ASBL Le jardin qui prend soin accompagne, partout en Wallonie, les organisations qui souhaitent créer un jardin thérapeutique ; elle est portée par une psychologue clinicienne formée à l'hortithérapie. L'ASBL Therra (anciennement « Le Jardin animé ») développe une expertise en « soins verts », propose des formations aux professionnels de la santé et accompagne la création de jardins thérapeutiques. Pour aller plus loin sur le sujet, ce sont des interlocuteurs fiables et de terrain.

Ce que cela dit de notre métier

Soyons précis : nous ne sommes pas hortithérapeutes. L'hortithérapie est un métier à part entière, qui demande une formation spécifique et s'exerce dans un cadre de soin.

Mais tout ce champ repose sur une intuition que nous partageons, et qui guide notre travail au quotidien : un jardin bien conçu fait du bien. Pas seulement parce qu'il est beau — parce qu'il apaise, qu'il ressource, qu'il reconnecte à quelque chose de vivant et de lent. Concevoir des jardins qui produisent cet effet-là, à l'échelle d'une maison et d'une famille, c'est précisément le cœur de notre métier.

hortithérapie

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'hortithérapie ?

L'hortithérapie est l'utilisation du jardin, des plantes et du contact avec le vivant comme supports d'activités thérapeutiques, encadrées par un professionnel formé et organisées autour d'objectifs précis. Elle se pratique notamment en hôpital, en maison de repos et en psychiatrie.

L'hortithérapie est-elle reconnue scientifiquement ?

Elle s'appuie sur un corpus de recherche solide et croissant, dont l'étude fondatrice de Roger Ulrich (1984) sur la récupération post-opératoire. Les recherches montrent des effets mesurables sur le stress, l'anxiété, la dépression et le rétablissement — tout en restant un champ encore jeune, qui continue de se documenter.

L'hortithérapie remplace-t-elle un traitement médical ?

Non. C'est une approche complémentaire, qui s'intègre à une prise en charge aux côtés des soins médicaux — elle ne s'y substitue jamais. C'est précisément dans ce rôle de complément qu'elle a démontré sa valeur.

Existe-t-il des associations d'hortithérapie en Belgique ?

Oui. En Wallonie, l'ASBL « Le jardin qui prend soin » accompagne la création de jardins thérapeutiques, et l'ASBL « Therra » propose expertise et formations en « soins verts » à destination des professionnels de la santé.

En résumé

De la chambre d'hôpital aux prisons américaines, les preuves convergent : le contact organisé avec le jardin aide à se rétablir, à se reconstruire, à aller mieux. L'hortithérapie en a fait une discipline ; la recherche en a fait un fait. Et derrière cette discipline, il y a une vérité simple, qui fonde notre métier : un jardin pensé avec soin n'est jamais seulement décoratif — il agit sur ceux qui le vivent.

Jardin de vivaces et de graminées : le guide complet