Zaha Hadid : l'architecte qui pensait le paysage
Soyons exacts d'emblée : Zaha Hadid n'était pas architecte paysagiste. Elle était architecte — l'une des plus importantes de son époque, la première femme à recevoir le prix Pritzker. Et pourtant, peu de créateurs ont autant à dire à ceux qui dessinent des paysages. Voici qui elle était, et pourquoi son œuvre nous parle.
Une architecte, pas une paysagiste — et l'une des plus grandes
Zaha Hadid naît en 1950 à Bagdad et meurt en 2016 à Miami. Son parcours est celui d'une pionnière : elle étudie d'abord les mathématiques à l'Université américaine de Beyrouth, avant de rejoindre Londres et la prestigieuse Architectural Association, foyer de la pensée architecturale la plus radicale des années 1970. Elle y croise Rem Koolhaas, avec qui elle collaborera, puis fonde sa propre agence, Zaha Hadid Architects, à la fin des années 1970.
La reconnaissance suivra, immense. En 2004, elle est la première femme à recevoir le prix Pritzker — l'équivalent du Nobel pour l'architecture. Elle remportera deux fois le Stirling Prize, sera faite Dame par la reine Élizabeth II, et deviendra, peu avant sa mort, la première femme à recevoir à titre individuel la Royal Gold Medal du RIBA. On la surnommait « la reine de la courbe ».

Une œuvre qui a changé la silhouette des villes
Hadid se fait connaître mondialement en 1983 avec un projet de concours pour Le Peak, à Hong Kong — un bâtiment resté sur le papier, mais qui annonce tout. Son premier édifice construit sera la caserne de pompiers du campus Vitra, en Allemagne, en 1993.
Suivront des bâtiments qui ont marqué l'architecture contemporaine : le MAXXI, musée d'art contemporain de Rome ; le centre Heydar-Aliyev à Bakou ; le centre Rosenthal d'art contemporain à Cincinnati ; le centre aquatique de Londres pour les Jeux de 2012. Et — pour nous, ici — le Port House d'Anvers (2016), une réalisation de Zaha Hadid en terre belge : une extraordinaire structure de verre posée sur une ancienne caserne de pompiers, à voir absolument.
Pourquoi son œuvre parle aux paysagistes
Voici ce qui rend Zaha Hadid passionnante pour qui dessine des jardins, alors même qu'elle n'a jamais été paysagiste : peu d'architectes ont autant pensé le sol.
Hadid commençait chaque projet par une étude complète du site et de sa topographie. Et ses bâtiments ne se posent pas sur un terrain comme un objet déposé là : ils semblent en émerger, naître des plis du relief. Elle a passé sa carrière à contester « l'idée statique du sol » — ce sol que l'architecture moderne traitait comme une simple base neutre. Chez elle, le sol devient fluide, continu ; la ligne droite disparaît ; la frontière entre le construit et le terrain se dissout.
Or c'est exactement une pensée de paysagiste. Un jardin aussi est une affaire de sol — de modelé, de surfaces continues, de la façon dont on se déplace dans l'espace. Hadid a poussé cette idée à un extrême radical, dans le langage de l'architecture. Il y a même un pont littéral : en 1999, elle a conçu un bâtiment pour une exposition horticole allemande, la Landesgartenschau — preuve que son travail a, parfois, directement rencontré le jardin.
Ce que nous en retenons
Nous ne construisons pas comme Zaha Hadid — un jardin résidentiel n'est pas une sculpture paramétrique, et c'est très bien ainsi.
Mais sa leçon centrale vaut à toutes les échelles : le sol n'est pas une base neutre, c'est le premier matériau. Modeler le terrain, penser les circulations comme des lignes fluides et continues, faire en sorte qu'un projet émerge de son site plutôt que de s'y imposer : c'est précisément ainsi que nous abordons un jardin, chez Vert Val. Zaha Hadid ne nous donne pas un style à imiter. Elle nous rappelle, avec une force rare, par où tout commence — le sol.
Questions fréquentes
Qui était Zaha Hadid ?
Zaha Hadid (1950-2016) était une architecte irako-britannique, l'une des plus influentes de sa génération. Formée à l'Architectural Association de Londres, elle a fondé l'agence Zaha Hadid Architects et a été, en 2004, la première femme à recevoir le prix Pritzker.
Zaha Hadid était-elle architecte paysagiste ?
Non. Zaha Hadid était architecte — pas architecte paysagiste. La confusion est fréquente, mais inexacte. Son œuvre reste néanmoins très inspirante pour les paysagistes, par sa manière de penser le sol, la topographie et les surfaces continues.
Quelles sont les œuvres les plus connues de Zaha Hadid ?
Parmi ses réalisations majeures : la caserne de pompiers Vitra en Allemagne, le musée MAXXI à Rome, le centre Heydar-Aliyev à Bakou, le centre aquatique de Londres et le Port House d'Anvers, en Belgique.
Zaha Hadid a-t-elle réalisé un projet en Belgique ?
Oui. Le Port House (Havenhuis) d'Anvers, achevé en 2016, est une réalisation de Zaha Hadid Architects : un volume de verre spectaculaire posé au-dessus d'une ancienne caserne de pompiers réhabilitée.
En résumé
Zaha Hadid n'appartient pas à l'histoire du jardin — elle appartient à celle de l'architecture, tout en haut. Mais son obsession du sol, du relief, de la ligne fluide, en fait une référence inattendue et précieuse pour les paysagistes. Elle nous rappelle que dessiner un espace, c'est d'abord dessiner le sol sur lequel on marche.