Les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents en Belgique comme ailleurs. Un jardin résilient n’est pas seulement un jardin “qui survit”, c’est un jardin qui continue d’être beau malgré la chaleur et le manque d’eau, tout en restant durable et simple d’entretien.
Voici un guide clair, basé sur les bonnes pratiques horticoles et les recommandations issues de la Royal Horticultural Society (RHS), du Conservatoire Méditerranéen, et d’études sur la gestion des sols en climat variable.
1. Comprendre les principes d’un jardin SEC
Un jardin sec repose sur trois piliers :
- Un sol adapté et drainant, qui évite le stress hydrique en été et l’asphyxie en hiver.
- Des plantes résistantes, capables de gérer la chaleur, UV et sécheresse.
- Une gestion stratégique du paillage et du minéral, qui limite l'évaporation et stabilise la température du sol.
Ces éléments permettent au jardin de conserver sa structure, sa couleur et sa santé même lors d’épisodes extrêmes.

2. Préparer un sol résilient : drainage + structure
a) Créer un sol très drainant
C’est la base du jardin sec.
Les sols lourds (argileux) retiennent l’eau et “étouffent” les racines en hiver, ce qui provoque la mortalité des plantes méditerranéennes. Les études horticoles montrent que la résilience hydrique dépend très fortement du drainage.
Comment faire ?
- Incorporer graviers fins, sable grossier (pas de sable de rivière) ou pouzzolane 2/6.
- Travailler le sol sur 25 à 40 cm de profondeur.
- Éviter le terreau classique qui retient trop l’humidité.
b) Créer des buttes légères (technique recommandée pour plantes sensibles)
De nombreuses plantes résistantes à la sécheresse meurent non pas en été… mais en hiver, à cause d’un excès d’eau.
La solution éprouvée : les buttes drainantes.
Avantages :
- Drainage vertical naturel.
- Réchauffement plus rapide du sol au printemps.
- Diminution des maladies racinaires.
Méthode :
Créer une butte de 15 à 30 cm, composée d’un mélange :
- 50 % terre du jardin
- 30 % graviers / sable grossier
- 20 % compost mûr
3. Choisir des plantes vraiment résistantes à la sécheresse
Les recherches horticoles identifient plusieurs familles particulièrement adaptées :
a) Plantes méditerranéennes (résistance + esthétique)
- Lavandula angustifolia
- Perovskia atriplicifolia
- Cistus
- Santolina
- Achillea
- Salvia nemorosa et Salvia officinalis
- Rosmarinus officinalis (romarin)
b) Graminées très résilientes (structure + mouvement)
Les graminées fixent le sol, résistent aux vents secs et demandent peu d’eau.
- Stipa tenuissima
- Stipa gigantea
- Pennisetum alopecuroides
- Miscanthus sinensis
- Sesleria nitida
c) Vivaces xérophytes (tenue en été + longue durée)
- Echinops
- Gaura lindheimeri
- Verbena bonariensis
- Nepeta faassenii
- Eryngium planum
- Agastache
d) Arbustes résistants
- Eleagnus ebbingei
- Arbutus unedo
- Pittosporum tenuifolium
- Nerium oleander (à protéger en hiver au nord de la Belgique)
4. Gestion du paillage : une technique validée scientifiquement
Pourquoi pailler ?
Les études du RHS Water Management Program montrent qu’un paillage bien choisi :
- réduit jusqu’à 40 % l’évaporation du sol,
- stabilise la température,
- limite les mauvaises herbes,
- protège les micro-organismes du sol.
Quel paillage pour un jardin sec ?
-
Minéral : gravillons, ardoise concassée, pouzzolane
→ Parfait pour les plantes méditerranéennes et xérophytes -
Végétal : copeaux de bois, broyat de branches
→ Idéal autour des arbustes ; se décompose lentement et enrichit le sol
Astuce isolation thermique :
Superposer les couches : 3 cm de compost + 5 cm de paillage minéral.
5. Intégrer le minéral pour réduire l’entretien
Un jardin sec n’est pas seulement botanique : c’est aussi un design minéral.
Les zones minérales :
- réduisent la surface à arroser,
- limitent la croissance des adventices,
- créent un contraste clair/sombre intéressant.
Idées à intégrer :
- chemins en dolomie
- grandes plaques de pierre naturelle
- empierrements décoratifs
- rocailles contemporaines
- zones gravel-garden (type jardin anglais sec)

6. Attention aux plantes fragiles en climat belge
Beaucoup de plantes résistantes à la sécheresse ne tolèrent pas :
- les hivers très humides,
- les sols gorgés d’eau,
- les gelées tardives.
Plantes sensibles à protéger ou surélever :
- Agaves
- Yuccas
- Certaines sauges (microphylla, greggii)
- Oliviers jeunes
- Cistes en sol lourd
- Echiums (très sensibles au froid + humidité)
Solutions pratiques :
- Planter sur buttes drainantes
- Utiliser un paillage minéral pour éviter l'humidité stagnante
- Installer un voile d’hivernage sur les plantes très sensibles
- Éviter les zones basses du jardin (risque de gel + stagnation d’eau)
7. Arroser intelligemment
Même dans un jardin sec, certaines plantations nécessitent un arrosage d’installation.
Les règles :
- Arroser profondément mais rarement.
- Toujours arroser au pied, jamais sur le feuillage.
- Favoriser l’arrosage tôt le matin.
- Installer le goutte-à-goutte si nécessaire, mais garder une ligne minimaliste.
8. Exemple de plan de plantation “résilient”

Structure basse :
- Nepeta
- Verbena bonariensis
- Achillea
- Stipa tenuissima
Structure moyenne :
- Lavandes
- Sauges
- Pennisetum
Structure haute :
- Miscanthus
- Arbutus
- Eleagnus
Touches verticales :
- Eryngium
- Echinops
- Agapanthes
Conclusion : un jardin beau, durable et adapté à l’avenir
Créer un jardin résilient, ce n’est pas renoncer à l’esthétique.
Au contraire, les jardins secs sont parmi les plus élégants : tons gris, feuillages argentés, graminées légères, minéral chic… C’est un style durable, contemporain et adapté aux changements climatiques.