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Comment créer un jardin à la flamande : structure, persistants et matériaux

9 mai 2026 par
Comment créer un jardin à la flamande : structure, persistants et matériaux
Wise Cluster SRL, Lorenzo del Marmol

Le « jardin à la flamande » est une expression qu’on entend beaucoup en Belgique — souvent à juste titre, parfois avec un peu de flou. Derrière le mot, il y a une vraie tradition, ancrée géographiquement et historiquement entre la Flandre française, la Flandre belge et les Pays-Bas, et qui a produit ces dernières décennies certains des paysagistes les plus influents du monde — à commencer par Jacques Wirtz, basé à Schoten près d’Anvers, à qui le New York Times a récemment consacré un article et dont les jardins ont été classés parmi les plus beaux du monde.

Cet article n’est ni un manifeste esthétique ni un catalogue Pinterest. C’est ce que nous expliquons à nos clients de Brabant Wallon ou du sud de Bruxelles quand ils nous disent : « on aimerait quelque chose de flamand ». Concrètement : qu’est-ce que ça veut dire, d’où ça vient, et comment on l’adapte à un jardin privé en Belgique francophone ?

 jardin à la flamande

D’où vient le style flamand ? Une tradition du jardin clos

Pour comprendre ce qui distingue un jardin flamand, il faut remonter au Moyen Âge. La région — qui couvre les Flandres françaises de Lille à Dunkerque, la Flandre belge actuelle et une partie des Pays-Bas — a développé très tôt une tradition du jardin clos (en latin hortus conclusus, « jardin enfermé »).

Ce n’est pas un détail d’érudition : c’est l’ADN du style. Les Primitifs flamands — Jan Van Eyck, Hans Memling, Rogier van der Weyden — ont peint des dizaines de jardins clos au XVe siècle, plantés derrière des murs de brique, avec des banquettes de gazon, des treilles, et une végétation dense et calme. Le mot néerlandais tuin (jardin) vient d’ailleurs de tuun, qui désignait à l’origine la clôture en plessage — autrement dit l’enclos avant la plantation. Tout est dit dans l’étymologie : le jardin flamand est un dedans avant d’être un dehors.

Ce goût du jardin protégé, structuré, qui fait plus appel à la masse végétale qu’à la débauche florale, traverse les siècles. Les béguinages de Bruges, Gand ou Louvain — tous classés au patrimoine mondial de l’UNESCO — en sont les héritiers directs : des cours intérieures plantées, calmes, conçues pour la contemplation.

 jardin à la flamande

Les cinq caractéristiques d’un jardin flamand contemporain

Sources documentaires (Wikipédia – jardin flamand) et observation des paysagistes belges contemporains permettent d’identifier cinq invariants. C’est là-dessus qu’il faut s’appuyer pour ne pas confondre « jardin flamand » et « petit jardin sec à pavés ».

1. La structure prime sur la floraison

Dans un jardin flamand, on regarde la forme avant la couleur. Haies taillées au cordeau, topiaires, alignements, géométrie maîtrisée : ce qui structure le jardin est lisible toute l’année. Les fleurs n’y sont pas absentes, mais elles sont un événement saisonnier — pas la trame.

2. Une dominance des persistants

La présence d’éléments persistants est forte, ce qui permet à ces jardins de conserver un aspect « propre » même en hiver. C’est un critère climatique : sous nos latitudes, six mois sur douze sans feuilles caduques, un jardin doit pouvoir tenir debout sans elles. Le buis (lorsque la pyrale le permet — voir plus loin), l’if, le houx, le charme conservé en haie taillée jouent ce rôle.

3. Une palette végétale restreinte, plantée en masse

Les végétaux sont plantés en masse dense, et sont peu variés. Cinq à dix essences bien choisies, répétées, valent mieux que vingt mal articulées. Les plantes à feuillage l’emportent sur les plantes à fleurs ; les fleurs apportent une touche de couleur de manière événementielle.

4. Des matériaux du Nord

Brique, pierre bleue (« petit granit » du Hainaut), pierre calcaire de Tournai. Ce sont les matériaux que la région produit historiquement, et qui dialoguent naturellement avec les façades belges en brique. Le bois patiné (chêne, robinier), l’acier corten et le gravier clair s’y intègrent aujourd’hui, mais ils restent des matériaux d’accent — la base reste minérale.

5. Une dégradation maîtrisée vers la nature

Caractéristique souvent oubliée mais essentielle : un jardin flamand bien dessiné évolue du plus contrôlé près de la maison au plus libre en s’éloignant. Les abords du bâti sont rigoureux ; la périphérie peut s’ensauvager — prairies fauchées tard, bosquets, mares. C’est ce contraste qui empêche le « surcontrôlé » et donne sa vie au jardin.

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Trois paysagistes belges qui ont défini le style aujourd’hui

Si le « style flamand » a une telle réputation internationale, c’est en grande partie grâce à trois figures contemporaines, toutes belges, dont les œuvres sont publiquement documentées.

Jacques Wirtz (1924-2018) — la référence mondiale

Né à Schoten en 1924 et formé à l’École d’horticulture de Vilvoorde, Jacques Wirtz a fondé son agence en 1950. Sa révélation publique est intervenue lors de l’Exposition universelle d’Osaka en 1970, où il a conçu le pavillon belge — c’est là qu’il s’est inspiré des topiaires japonaises pour développer sa signature : les « nuages » de persistants taillés qui ondulent dans ses jardins.

Sa carrière internationale est sans équivalent : jardins de l’Élysée à la demande de François Mitterrand, château de Wideville pour Valentino, Alnwick Castle au Royaume-Uni, Jubilee Park à Canary Wharf, jardin du domaine de Herkenrode en Brabant flamand. En 2006, l’Académie royale flamande lui a décerné sa médaille d’or et l’a comparé à Le Nôtre, William Kent et Capability Brown. Il est mort en 2018, à 93 ans. Wirtz International, dirigée par ses fils Martin et Peter, est aujourd’hui la plus grande agence d’architecture paysagère de Belgique.

Erik Dhont — la nature composée à Bruxelles

Né en 1962 à Anderlecht, formé en arts graphiques à Saint-Luc puis en architecture des jardins à Vilvorde, Erik Dhont travaille depuis Bruxelles depuis plus de trente ans. Sa marque : un équilibre fin entre nature sauvage et composition graphique, avec un usage important de plantes indigènes. Il a notamment dessiné le jardin du couturier Dries Van Noten, le jardin du Musée Picasso à Paris, et le potager structuré du Chalet de la Forêt (deux étoiles Michelin) en lisière de la Forêt de Soignes — autant dire à quelques kilomètres de La Hulpe.

Piet Blanckaert — l’école brugeoise

Installé à Bruges depuis plus de trente ans, Piet Blanckaert incarne une autre branche de la tradition flamande : plus classique, plus liée aux jardins historiques et aux propriétés de campagne. Ses créations privées, notamment dans la région de Hooglede et autour de Bruges, sont des références pour qui s’intéresse au jardin flamand structuré sans excès de minimalisme.

À ces trois noms s’ajoutent Chris Ghyselen (graminées et vivaces fines) et Wim Van Wassenhove (jardins de Zedelgem). Le Brabant Wallon n’est pas en reste : Jacques Wirtz est intervenu sur des propriétés privées de notre région — par exemple sur les abords du domaine de Herkenrode, et sur des aménagements répertoriés à l’Inventaire des parcs et jardins de Belgique.

 

Comment l’adapter à votre jardin en Brabant Wallon ou à Bruxelles

La Hulpe, Lasne, Uccle, Tervuren, Watermael-Boitsfort : nos sols sont majoritairement argilo-limoneux, parfois lourds, avec des nappes assez proches de la surface dans les fonds de vallée. Le climat est plus humide que celui de la côte flamande mais le principe reste le même : ce qui marche en Flandre fonctionne ici, à condition d’adapter le choix végétal. Voici les arbitrages concrets que nous recommandons.

Définir l’ossature avant tout

1.      Tracez les axes de circulation. Une allée principale en gravier compacté, en pavés de pierre bleue ou en briques posées de chant — pas en dalles standard de béton. La largeur compte : 1,20 m minimum pour pouvoir s’y croiser confortablement.

2.      Découpez en « chambres ». Une haie basse de charme (Carpinus betulus), une haie d’if (Taxus baccata) ou un muret en pierre bleue suffisent à séparer un coin repas, un coin contemplation, un potager. Le jardin se découvre par séquences, jamais d’un seul regard.

3.      Plantez des arbres structurants. Tilleul à petites feuilles, charme commun, hêtre pour les sols filtrants, érable champêtre. Pas seulement des arbustes : le « toit » du jardin est ce qui lui donne son échelle.

Le choix végétal : ce qui marche réellement chez nous

Voici la palette de référence pour un jardin de style flamand adapté au climat et au sol du Brabant Wallon. Liste indicative, à valider sur site selon l’exposition et la nature exacte du sol.

Persistants pour la structure :

•        If commun (Taxus baccata) — tolère parfaitement la taille en topiaire ou en haie, longue durée de vie

•        Houx commun (Ilex aquifolium) et Ilex crenata — alternative moderne au buis pour les boules et bordures basses

•        Charme conservé en haie taillée — feuillage marcescent (qui reste sec sur la branche tout l’hiver), il offre l’effet d’un persistant à coût modéré

Le cas du buis :

Le buis (Buxus sempervirens) reste l’icône absolue du jardin flamand. Mais attention : depuis l’arrivée de la pyrale du buis et de la cylindrocladiose en Belgique, planter du buis aujourd’hui est un pari coûteux. Nos confrères belges remplacent souvent par Ilex crenata, Lonicera nitida ou Berberis buxifolia pour le même rendu visuel sans la pression sanitaire. À discuter au cas par cas.

Vivaces et graminées en plantation de masse :

•        Hortensias paniculés blancs (Hydrangea paniculata 'Limelight', 'Phantom') — la fleur emblématique du jardin flamand contemporain

•        Miscanthus sinensis et Calamagrostis 'Karl Foerster' — graminées qui apportent mouvement et transparence

•        Hakonechloa macra — pour les sous-bois et bordures à l’ombre

•        Geranium 'Rozanne', Alchemilla mollis, Sedum 'Matrona' — vivaces de masse, faciles, longue floraison

Arbres et grands arbustes :

•        Magnolia stellata ou Magnolia x soulangeana — la touche romantique sans excès

•        Cornouiller (Cornus mas, Cornus kousa) — floraison printanière généreuse, port intéressant en hiver

•        Hêtre pourpre (Fagus sylvatica 'Atropurpurea') — pour les grands jardins, comme arbre signal

Les matériaux : ne pas se tromper de provenance

La pierre bleue belge (« petit granit » du Hainaut) est le matériau-roi : elle vieillit en patine claire, elle existe en multiples finitions (clivée, bouchardée, sablée, polie). Elle se travaille en seuils, en margelles, en bordures, en dallages. C’est une pierre extraite à 50 km de Bruxelles — un argument écologique et identitaire. Évitez les imitations en grès cérame asiatique : elles trahissent immédiatement le projet.

Pour la brique, privilégiez les briques de récupération belges (« briques rééditées ») ou les briques wienerberger en teintes naturelles, jamais les briques rouges agressives standards. L’acier corten est un bon allié pour les bordures et les jardinières contemporaines, mais à doser : trop, et le jardin devient un magazine d’architecture, plus un jardin.

 jardin à la flamande villa knokke

Les erreurs fréquentes que nous voyons sur le terrain

•        Trop de variétés. « Flamand » = palette restreinte, plantation en masse. Si vous avez 25 espèces différentes dans 200 m², vous ne faites pas un jardin flamand, vous faites une collection.

•        Le buis sans plan B. Planter 50 boules de buis aujourd’hui, c’est s’exposer à une attaque de pyrale dans les trois ans. Demandez systématiquement les alternatives à votre paysagiste.

•        L’imitation Wirtz au mauvais format. Les fameux « nuages » de Wirtz fonctionnent sur 1 hectare, pas sur 80 m². Sur un petit jardin de ville, on en garde l’esprit (masse végétale ondulée, persistants taillés) sans copier l’échelle.

•        Pas assez d’ossature minérale. Un jardin flamand sans pierre bleue ni brique perd son ancrage géographique. Ce n’est plus flamand, c’est juste « épuré ».

•        Tout taillé partout. Pour rappel : la dégradation maîtrisée vers la nature est un invariant. Si tout est sous le sécateur, le jardin devient un parking végétal.

 

Questions fréquentes

Quelle différence entre un jardin flamand et un jardin à l’anglaise ?

Le jardin à l’anglaise (mixed-border, foisonnement floral, transitions douces inspirées de Gertrude Jekyll) privilégie la couleur et la profusion. Le jardin flamand privilégie la structure et la masse. Les deux peuvent cohabiter — beaucoup de nos projets en Brabant Wallon associent un cœur structuré (côté maison) et des bordures libres en périphérie. Le malentendu vient souvent du fait que les magazines confondent les deux sous l’étiquette « jardin de campagne ».

Un jardin flamand demande-t-il beaucoup d’entretien ?

Honnêtement, oui — mais pas plus qu’un jardin moyen mal pensé. L’entretien d’un jardin flamand est concentré et régulier : deux passages annuels de taille soignée sur les haies et topiaires (en juin et fin août), un fauchage des prairies une fois par an. C’est moins fatigant qu’un jardin anglais à 30 espèces fleuries qu’il faut surveiller en permanence. La régularité prime sur l’intensité.

Peut-on faire un jardin flamand sur 100 m² ?

Oui, et c’est même un excellent format. Sur un petit jardin de ville à Uccle, Watermael-Boitsfort ou Auderghem, le style flamand fonctionne parfaitement parce qu’il ne dépend pas de la surface mais des principes : structure, palette restreinte, matériaux nobles, persistants. C’est même souvent là qu’il est le plus efficace, parce qu’un petit jardin foisonnant devient vite illisible.

Faut-il un permis d’urbanisme pour aménager un jardin flamand ?

Pas pour les plantations en elles-mêmes. En revanche, certains éléments d’ossature peuvent y être soumis : abattage d’arbre à haute tige (selon la commune et la circonférence), construction d’un muret de plus d’un certain seuil, abri de jardin au-delà d’une surface définie, modification importante du relief. Les règles varient entre la Région bruxelloise et la Wallonie, et entre communes. Nous vérifions systématiquement avec vous avant tout devis.

 

Conclusion : un style qui fait du sens chez nous

Le jardin à la flamande n’est pas une mode esthétique importée — c’est un style natif, né dans la même région climatique et culturelle que la nôtre, et porté aujourd’hui par les paysagistes belges les plus reconnus internationalement. Quand un client de La Hulpe ou d’Uccle nous demande un jardin flamand, il nous demande en réalité ce qui marche le mieux pour notre climat, nos matériaux locaux, et le rapport au bâti que nos maisons en brique et pierre bleue suggèrent naturellement.

À condition de respecter les principes — structure forte, palette restreinte, persistants dominants, matériaux du Nord, dégradation vers la nature en périphérie — il fait à peu près tout ce qu’on attend d’un jardin contemporain : il vieillit bien, il tient l’hiver, il demande un entretien régulier mais maîtrisable, et il dialogue avec la maison.

 

Vous envisagez un jardin de style flamand ?

Que vous habitiez à La Hulpe, Lasne, Rixensart, Uccle ou ailleurs en Brabant Wallon, nous concevons des jardins qui s’inscrivent dans cette tradition — adaptés à votre sol, votre exposition, votre maison et votre budget. Nous travaillons à la fois la structure (pierre bleue, brique, charpentes végétales) et le végétal (palette de 8 à 15 essences pensées pour notre climat).

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