Paolo Bürgi : le paysagiste de la rigueur et de l'horizon
La plupart des jardins ratés le sont par excès — trop de plantes, trop de matériaux, trop de tout. Paolo Bürgi a passé sa carrière à démontrer l'inverse : que l'émotion, dans un paysage, ne vient pas de l'abondance, mais de la justesse. Ce paysagiste suisse est l'un des maîtres européens du « moins, mais exactement juste ». Voici qui il est, et pourquoi sa rigueur a tant à nous apprendre.
Un Tessinois, entre rigueur alpine et culture latine
Paolo Bürgi naît en 1947 à Muralto, dans le Tessin — cette Suisse italienne où la culture latine rencontre la précision alpine. Il obtient son diplôme d'architecte du paysage à l'École d'ingénieurs de Rapperswil en 1975, avec un premier prix, puis fonde son propre atelier, le Studio Bürgi, à Camorino, en 1977 — tout près du lac Majeur.
Mais Bürgi n'est pas seulement un praticien : c'est aussi un enseignant influent. Il est professeur invité à la School of Design de l'Université de Pennsylvanie depuis 1997, à l'université IUAV de Venise depuis 2003, et au Politecnico de Milan depuis 2015. Ce double rôle de créateur et de pédagogue a nourri une pensée exigeante, reconnue : il est aujourd'hui considéré comme l'un des paysagistes les plus respectés d'Europe.
Sa philosophie : révéler le lieu, intervenir le moins possible
Pour comprendre Paolo Bürgi, il faut oublier l'image du jardinier qui plante des fleurs « pour faire joli ». Sa démarche repose sur trois idées.
Révéler le lieu. Bürgi n'impose pas une forme arbitraire. Il cherche à faire apparaître ce qui est déjà là mais qu'on ne voit plus : une topographie, une histoire géologique, une lumière particulière. Son travail consiste, au fond, à redonner une voix au site.
Intervenir le moins possible. Son principe pourrait se résumer ainsi : faire peu, mais avec une précision absolue. La géométrie, chez lui, ne sert pas à dominer la nature — elle sert à créer un contraste. Une seule ligne nette, en pierre ou en métal, suffit à faire mieux ressentir, par opposition, le désordre vivant d'une forêt ou la courbe d'une montagne.
Faire vivre le paysage par le corps. Pour Bürgi, un paysage ne se regarde pas seulement, il se ressent : la texture du sol sous les pieds, le son des pas, la sensation face à un panorama. Tout est pensé pour éveiller les sens du promeneur.
Deux œuvres qui disent tout
Cardada, au-dessus de Locarno. C'est son projet le plus connu — un travail de « reconsidération d'une montagne », récompensé par le Prix européen du paysage en 2003. Chargé de revaloriser la montagne des Locarnais, Bürgi n'en a pas fait un parc d'attractions. Il a tracé un promontoire fait de dalles de granit qui s'avance entre les cimes des arbres, et, plus haut, un observatoire géologique qui inscrit dans le sol l'histoire tectonique des Alpes. Il n'a presque rien ajouté : il a cadré la montagne pour qu'on puisse, enfin, vraiment la voir.
L'Esplanade des Particules, au CERN. Près de Genève, le Studio Bürgi a remporté le concours international pour l'aménagement de l'entrée du célèbre laboratoire de physique. Le projet, baptisé Metaphoros — un mot grec qui dit le transport, le voyage, la communication —, est une vaste esplanade minérale, inaugurée en 2018, qui relie le bâtiment d'accueil au Globe de la science et de l'innovation. Là encore : un paysage abstrait et sobre, qui raconte le lieu plutôt que de le décorer.
Ce que son approche nous inspire
La leçon de Paolo Bürgi est l'une des plus directement transposables à un jardin de particulier — précisément parce qu'elle ne demande pas d'ajouter, mais de choisir.
Elle invite à créer des contrastes nets : un chemin tondu, droit et précis, au milieu d'une prairie foisonnante, et c'est tout le jardin qui prend de la force. À se limiter à peu de matériaux : un seul revêtement bien choisi, tenu d'un bout à l'autre, installe le calme qu'une accumulation détruit. À soigner les seuils — le passage de la terrasse à la pelouse, d'un espace à un autre — comme des moments à part entière. Et à cadrer les vues plutôt que tout montrer : masquer ce qui dessert, ouvrir une fenêtre vers le plus bel arbre.
C'est exactement cette discipline de la retenue que nous mettons en œuvre, chez Vert Val, dans les jardins que nous concevons en Brabant Wallon et à Bruxelles : non pas faire beaucoup, mais faire juste.
Questions fréquentes
Qui est Paolo Bürgi ?
Paolo Bürgi, né en 1947 à Muralto (Tessin), est un architecte paysagiste suisse, considéré comme l'une des grandes figures du paysage contemporain en Europe. Il dirige le Studio Bürgi, fondé à Camorino en 1977, et enseigne notamment à l'Université de Pennsylvanie et à l'IUAV de Venise.
Quel est le projet le plus connu de Paolo Bürgi ?
C'est l'aménagement de la montagne de Cardada, au-dessus de Locarno : un promontoire de dalles de granit avancé entre les arbres et un observatoire géologique, qui lui ont valu le Prix européen du paysage en 2003.
Qu'est-ce que le minimalisme paysager ?
C'est une approche qui privilégie la retenue et la précision plutôt que l'abondance : peu d'éléments, mais parfaitement choisis et placés, pour révéler le caractère d'un lieu au lieu de le surcharger. Paolo Bürgi en est l'une des figures majeures.
Comment appliquer son approche dans un jardin de particulier ?
En cherchant la justesse plutôt que la quantité : créer un contraste net (un chemin précis dans une prairie), se limiter à un ou deux matériaux, soigner les transitions entre les espaces, et cadrer les belles vues plutôt que de tout exposer.
En résumé
Paolo Bürgi écrit le paysage en vers libres, mais avec une grammaire de fer. Son œuvre rappelle que, face au bruit visuel ambiant, la réponse la plus forte est souvent la plus sobre. Dans un de ses lieux, on ne se dit pas « quelles belles plantes » — on se dit « comme on se sent bien, ici, face à cet horizon ».