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Jardin exotique en Belgique : les leçons de l'île de Batz

23 juillet 2026 par
Lorenzo del Marmol

Jardin exotique : ce que l'île de Batz m'a appris pour nos jardins belges

Il y a un moment précis où l'on comprend ce jardin, et ce n'est pas en arrivant. C'est en descendant.

Cinq mètres plus bas, le vent tombe d'un coup. L'air devient frais. Au-dessus de vous, des palmiers dont certains troncs dépassent le mètre de diamètre. Des bananiers. De l'eau qui circule. Quelques oiseaux, et au fond, le bruit de la mer qu'on n'a pas quittée. On est sur une île bretonne balayée par le vent, et on vient d'entrer dans autre chose.

Ce décaissement n'est pas un effet de mise en scène. C'est une décision de conception, prise il y a plus d'un siècle, et c'est exactement ce que j'étais venu voir.




Où se trouve ce jardin

L'île de Batz, dans le nord du Finistère, à quinze minutes de bateau de Roscoff.

Je connaissais déjà la Bretagne, et cette côte m'a quand même surpris : du sable blanc, des blocs de granit énormes posés là comme dans un paysage lointain. C'est dépaysant avant même d'entrer dans un jardin. L'île elle-même est superbe, très bien entretenue, avec de belles maisons — et tout se fait à pied, on n'a même pas besoin de vélo.

Du débarcadère, on suit un sentier côtier sur un peu plus d'un kilomètre. Vingt minutes de marche, et on arrive au jardin Georges Delaselle. Nous faisions partie des premiers visiteurs à l'ouverture : les allées de gravier venaient d'être ratissées, personne n'avait encore marché dessus.

On entre par une petite maison transformée en espace d'accueil et d'exposition, où un artiste travaille à partir d'objets ramassés sur la plage. La démarche est intéressante, et l'histoire du site y est bien racontée.

Un jardin exotique né sur une dune, en 1897

L'histoire de ce lieu vaut d'être racontée, parce qu'elle est un peu folle.

En 1897, Georges Delaselle, assureur parisien passionné de botanique, décide de créer un jardin exotique sur une dune de l'île de Batz. À l'époque, l'île ne compte aucun arbre. Il creuse de larges cuvettes dans le sable pour s'abriter du vent — et met au jour, ce faisant, une nécropole de l'Âge du Bronze, toujours visible aujourd'hui au milieu des plantations.

Il y consacre quarante ans de sa vie, avant de devoir vendre à la fin des années 1930. Il meurt en 1944. Le jardin retombe ensuite dans l'oubli pendant près de trente ans. À partir de 1987, une équipe de bénévoles décide de le réhabiliter. En 1997, cent ans après sa création, le Conservatoire du littoral en devient propriétaire ; il est aujourd'hui géré par Haut-Léon Communauté.

Le résultat : environ 1 700 espèces subtropicales venues des cinq continents, dont plus des deux tiers de l'hémisphère sud — Chili, Afrique australe, Australie, Nouvelle-Zélande. Une palmeraie, une cactéraie, un jardin maori, des terres australes. La tempête Ciarán, en novembre 2023, y a fait des dégâts sévères.

Ce qu'un architecte paysagiste regarde dans un jardin pareil

On peut visiter ce jardin pour ses plantes. Mon métier m'oblige à regarder autre chose.

Le vent, d'abord. Tout le jardin est une réponse au vent. Le décaissement de cinq mètres crée un abri, et c'est cet abri qui rend possible la profusion qu'on y trouve. Ailleurs, ce sont des murets de pierre qui structurent les massifs et cassent les courants. Le principe est transposable partout, y compris chez nous : avant de choisir une plante fragile, on fabrique l'endroit où elle sera protégée. C'est une question de conception, pas de catalogue.

L'ossature. Le jardin tient debout grâce à quelques grands arbres — de grands pins, des cèdres — qui apportent l'ombre, la fraîcheur et la structure. Sans eux, il n'y aurait qu'une collection de plantes. Avec eux, il y a un lieu.

Les paillages. Ils sont partout, et ils changent selon les zones : paillage végétal en copeaux ou en paille dans les parties fraîches, paillage minéral à la lave dans les secteurs secs et exposés. Ce n'est pas décoratif. C'est ce qui tient l'humidité du sol l'été et protège le collet l'hiver.

Les expositions. Le jardin est découpé en ambiances thématiques — cactées, plantes grasses, zones plus abritées — chacune calée sur son exposition réelle. On ne plante pas contre le site, on plante avec lui.

Les perspectives. Depuis presque partout, on voit la mer. Les ouvertures sont cadrées, tenues. Rien n'est laissé au hasard.

Le détail. Les allées ratissées chaque matin donnent quelque chose des jardins japonais. Un jardin de cette qualité tient autant à l'entretien qu'à la conception — c'est une vérité que je répète souvent à mes clients.

Peut-on créer un jardin exotique en Belgique ?

C'est la question que je me suis posée pendant toute la visite, et la réponse honnête est : en partie seulement.

Le nord du Finistère bénéficie d'un climat très particulier. Le Gulf Stream tempère la côte : il y vente énormément, les sols sont sableux et extrêmement drainants, mais il n'y gèle presque jamais. C'est cette combinaison — pas de gel sévère, drainage parfait — qui autorise des collections australes en pleine terre.

Nous n'avons ni l'un ni l'autre. En Brabant wallon, les coups de froid descendent régulièrement à −8, −10 °C. Or beaucoup de ces plantes ne passent déjà pas −5 ou −6 °C. Et il faut y ajouter la neige, dont le poids casse net certaines silhouettes.

Mais le froid n'est pas le seul facteur, ni même le principal. Nos sols sont argileux et restent gorgés d'eau tout l'hiver. Un palmier, un phormium ou une plante grasse ne meurent pas seulement de gel : ils pourrissent. C'est l'humidité hivernale sur sol lourd qui tue, bien plus souvent que le thermomètre.

Conséquence pratique : dans un jardin belge, le vrai travail n'est pas de choisir des plantes exotiques. C'est de préparer le sol, de créer du relief, d'installer un drainage réel et un paillage minéral — et de sélectionner ensuite dans une palette rustique. C'est précisément la logique d'un jardin jungle ou d'un jardin méditerranéen conçu pour notre climat : l'ambiance exotique est atteignable, la copie ne l'est pas.

L'idée que je ramène : les toitures plates et les cours urbaines

C'est là que la visite devient directement utile pour mes projets.

Il existe chez nous des situations qui reproduisent une partie des conditions bretonnes. Les toitures plates, d'abord : on y construit le substrat de A à Z, donc on maîtrise totalement le drainage — le problème numéro un est résolu par la conception même. Les cours et jardins de ville ensuite, où les murs coupent le vent et où l'îlot de chaleur urbain fait gagner quelques degrés en hiver.

Dans ces contextes, une palette sèche et rustique — plantes grasses, graminées, végétaux résistants à la sécheresse sur substrat très drainant — a beaucoup de sens. Ce sont des plantes qui encaissent nos étés de plus en plus secs, dans des espaces où l'arrosage est compliqué. Le principe est le même que sur un jardin sur gravier ou dans un jardin rétais: sol pauvre, drainage franc, plantes qui aiment ça.

C'est l'enseignement le plus concret de ce voyage. Pas une liste d'espèces à copier — une méthode.

Une dernière chose m'a frappé, et je n'ai pas la réponse.

Sur l'île, en dehors du jardin, les grands arbres sont rares. Ceux qui subsistent sont vieux, et on ne voit pas beaucoup de relève. Le vent, l'exposition, des coupes anciennes — les causes m'échappent, et je suppose que le territoire a ses propres stratégies. Mais le contraste est parlant : les seuls endroits où l'on trouvait de l'ombre et de la fraîcheur étaient ceux où il y avait de grands arbres.

C'est un enjeu que je retrouve chaque semaine dans nos jardins belges. On plante beaucoup d'arbustes et pas assez d'arbres. Dans vingt ans, ce sont pourtant eux qui feront la différence.

Conclusion

Deux jours en Bretagne, un jardin visité à l'ouverture, et une confirmation : les plus belles ambiances ne viennent jamais des plantes seules, mais de la façon dont on a préparé le terrain pour elles.

Si vous rêvez d'un jardin exotique en Belgique, c'est possible — à condition de commencer par le sol, l'exposition et la protection au vent. C'est exactement le travail que nous faisons en amont de chaque projet.

Prochain article : le jardin exotique et botanique de Roscoff, visité le même jour, de l'autre côté du bras de mer.

FAQ

Peut-on vraiment créer un jardin exotique en Belgique ?

Oui, à condition de viser l'ambiance et non la copie. On sélectionne des végétaux rustiques à grand feuillage, on travaille le drainage et on crée des abris contre le vent. Beaucoup de plantes vues en Bretagne ne survivraient pas à nos hivers.

Pourquoi certaines plantes exotiques meurent-elles chez nous alors qu'elles résistent au froid ?

Parce que le facteur limitant n'est pas seulement la température, mais l'humidité hivernale. Sur un sol argileux gorgé d'eau, les racines et le collet pourrissent avant que le gel n'ait fait son œuvre.

Quelles plantes pour un jardin d'ambiance exotique en Brabant wallon ?

Fougères, bambous, bananiers rustiques, graminées et vivaces à grand feuillage. La sélection dépend surtout de l'exposition et de la nature du sol de votre terrain.

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